Cela fait environ un siècle et demi que des Tchèques sont installés sur un territoire situé aujourdâhui en Ukraine.
Une communauté d'une dizaine de milliers de personnes à laquelle un photographe français a décidé de s'intéresser. Le résultat est à voir ces jours-ci à Prague dans une exposition intitulée « Les Tchèques en Ukraine â 150 ans dâune histoire qui dure encore ». Pas de JO pour Prague en 2016 ...
Les carrefours tchèques de lâhistoire européenne ... Pierre Jeanmougin, lâauteur de ces clichés, a bien voulu répondre aux questions de Radio Prague:
Pourquoi un Français va-t-il photographier la minorité tchèque en Ukraine ?
« Câest une longue histoire, parce que je suis d'abord un peu lié à la République tchèque : jâai vécu à Prague pendant un an avant de mâexpatrier plus à lâEst, en Ukraine, où jâai découvert cette minorité tchèque, un peu par hasard. Etant photographe et comme je travaillais comme journaliste là -bas, jâai poussé le sujet un peu plus loin. Le partenariat avec lâEurope et le Centre tchèque de Kiev mâa permis de monter ce projet qui a abouti à cette exposition que vous pouvez voir aujourdâhui. »
Ãa veut dire que ce projet a été financé en partie par lâUnion européenne ?
« Oui, une grosse partie a été financée par le Programme Jeunesse, qui mâa soutenu dès le début, câest vrai que câétait une grande chance parce que sans cela il aurait été difficile au niveau financier dâarriver au bout du projet. »
Alors on connaît très peu de cette minorité tchèque en Ukraine, en tout cas très peu en France. Selon un dernier recensement, il y aurait environ 10 000 personnes dâorigine tchèque en Ukraine. Où et comment vivent-elles ?
« Les Tchèques dâUkraine vivent principalement dans des villages à lâécart des grandes villes, dans la partie sud de lâUkraine. Il y en a aussi qui vivent près de la frontière slovaque, mais les histoires sont différentes selon les villages. Câest vrai quâils sont bien mélangés maintenant donc ils sont mi-ukrainiens mi-tchèques. Environ 10 000 personnes selon les chiffres de lâambassade tchèque. »
On le voit bien sur vos photos : des jeunes qui portent avec fierté le maillot du joueur de foot tchèque Pavel NedvÄd et vous écrivez qu'ils vous saluaient en disant âahojâ parce que vous veniez de République tchèque, mais en même temps des jeunes couples dâorigine tchèque qui se marient dans une église orthodoxe.
« Oui, câest un peu ça que jâai voulu montrer avec mes photos. Finalement il y a un mélange qui sâest opéré avec le temps et lâhistoire, parce que lâUkraine était soviétique. Il y a beaucoup dâinfluence soviétique mais certains villages, notamment les villages protestants, ont réussi à préserver un peu leur religion. Il y a vraiment de tout, du Lénine avec des églises orthodoxes... Ãa fait un peu bizarre, on le voit jâespère sur les photos. Câest le fruit de lâhistoire je pense. Lâidentité tchèque en a perdu mais bon, il nây avait pas dâautre choix. Finalement câest aussi une richesse dâavoir différentes origines. »
On lâa vu encore récemment, il y a beaucoup de ceux quâon appelle en tchèque des « krajané » â des compatriotes mais qui nâont pas toujours la nationalité â qui demandent la nationalité tchèque. Câest le cas dans la minorité tchèque en Roumanie, dans le Banat. Est-ce que câest ce que vous avez senti dans ces communautés tchèques en Ukraine, les gens sont-ils nombreux à vouloir obtenir la nationalité tchèque?
« Cela dépend un peu des générations. Ceux qui ont plus de 40-50 ans se sentent vraiment Ukrainiens pour la plupart â en étant fier dâêtre Tchèques, ce qui est un peu paradoxal â et nâont aucune envie de demander la nationalité tchèque. Par contre jâai rencontré des jeunes qui sentent quâil y a des opportunités en Europe et qui se disent quâils ont le droit de demander la nationalité tchèque. Ils veulent aller étudier à Prague et ils sâinstalleraient bien en République tchèque. »
Est-ce quâils parlent encore tchèque ces jeunes ?
« Oui, ces jeunes-là qui veulent aller à Prague font tout pour apprendre le tchèque, ils font des stages en été, ils sont invités, les services de lâambassade tchèque travaillent pas mal là -dessus, pour organiser des séjours, pour faire en sorte que la langue soit encore vivante là -bas. »
(radio-Prague)
<< Back
