La présidence française de lâUnion européenne trouve un large écho dans les médias tchèques de ces derniers jours.
Ceux-ci informent assez largement des priorités de la présidence française et des réformes que Paris voudra mettre sur pied pendant les six mois à venir dans le domaine de lâénergie, la protection du climat, lâimmigration et la défense européenne. Et de souligner que le succès ou lâéchec de cette présidence aura des retombées sur celle de la Tchéquie qui assumera sa tâche dès le 1er janvier 2009. Une grande place dans Un Tchèque condamné en Thaïlande pour trafic de drogue gracié par le président de la République ...
Où en est la Tchéquie avec le Traité de Lisbonne ? ...
La loi sur le conflit dâintérêt a été finalement adoptée en Tchéquie ...
La République tchèque a reconnu lâindépendance du Kosovo ... la presse nationale est bien sûr réservée au contentieux lié au processus de ratification du Traité de Lisbonne.
Paris donne un soufflet à la Tchéquie. Sarkozy a repris lâUnion européenne en adressant un message à Prague. Les Français veulent faire une plus grande pression sur les Tchèques⦠Voilà quelques-uns des titres qui sont apparus dans la presse nationale le 1er juillet, le jour du début de la présidence française de lâUnion européenne à laquelle succèdera la première présidence tchèque. Ils réagissent ainsi à lâintervention télévisée du chef de lâEtat français dans laquelle il aurait fait une allusion à la responsabilité des politiciens tchèques sur lâavenir du Traité de Lisbonne, ainsi quâaux paroles portées dans le même esprit et prononcées à leur adresse par le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner.
Le ton semble avoir surpris les représentants politiques tchèques. Lidové noviny cite la réaction dâAlexander Vondra, vice-Premier ministre en charge des Affaires européennes qui a déclaré : « Nous ne bloquons pas les choses⦠Nous sommes et nous avons toujours été grands partisans de lâélargissement⦠à la différence de la France. »
Quâon le veuille ou non, du fait de la position réservée des milieux politiques au pouvoir envers le processus de ratification du Traité de Lisbonne, la République tchèque constitue lâun des trois pays européens « problématiques », à côté de lâIrlande et de la Pologne. Cette position est manifestée par une partie de lâODS (Parti civique démocrate), principale formation gouvernementale, qui a dâailleurs pris lâinitiative de soumettre le Traité de Lisbonne à la Cour constitutionnelle pour voir si son texte est compatible avec la constitution tchèque. Le verdict de la Cour ne tombera quâà lâautomne. En attendant, la Tchéquie a interrompu le processus de ratification ce qui est une « exception » que le Premier ministre Mirek Topolánek a réussie à imposer au récent sommet de Bruxelles.
Au cas où la Cour donne son feu vert au Traité, celui-ci sera soumis aux deux chambres du Parlement pour être signé ensuite par le président de la République. Mais Václav Klaus, investi il y a quelques mois pour cinq ans, voudra-il y apposer sa signature?
Le président de la République, Václav Klaus, demeure fidèle à sa réputation eurosceptique. Il est le seul, parmi les politiciens européens, à avoir récemment salué le non irlandais en déclarant que, pour lui, « le Traité était désormais mort. » Il sâest de même publiquement félicité du refus de son homologue polonais, Lech Kaczynski, de signer le Traité. Il précise ses idées dans lâédition de ce jeudi du quotidien Lidové noviny :
« Je mâattends à une grande pression âà la françaiseâ sur lâédification de lâUnion européenne. Notre regard est forcément différent et pour cette raison nous devons tout faire pour que lâévolution au sein de lâUE ne suive pas la direction imposée par la France⦠Lâévolution en Europe ne doit pas suivre le diktat dâune seule opinion et ne doit en aucun cas être accompagnée de menaces. »
Dans les pages du journal, Václav Klaus refuse en même temps de répondre à la question, « spéculative » selon lui, de savoir sâil signera le Traité de Lisbonne ou sâil suivra lâexemple de son homologue polonais. En conclusion, Václav Klaus indique quâun éventuel refus du Traité de Lisbonne aurait un effet positif sur la future présidence tchèque, car, je cite, « celui-ci affaiblit le rôle du pays président. »
Existe-t-il une ou plusieurs facettes de lâeuroscepticisme ? Jâai récemment posé la question à Jean-Louis Bourlanges, homme politique et essayiste français qui a participé fin mai au colloque Visions dâEurope qui sâest tenu à Prague. Bien placé pour y répondre car tout en refusant lâétiquette dâeurosceptique, il se déclare sceptique quand même.
« Quelquâun qui se dit eurosceptique en fait nâest pas du tout sceptique. Câest quelquâun qui est fanatiquement anti-européen. Regarder M. Klaus qui nâest pas eurosceptique. Il est profondément convaincu de la perversité structurelle du projet européen. Il a dâailleurs tout à fait le droit de lâêtre, ce nâest pas une critique. Tandis que moi quand je dis que je suis sceptique, je mâinquiète effectivement de la retombée de lâespérance, de la volonté politique. Je trouve que les Etats ne donnent pas le sentiment de vouloir agir ensemble, les Etats sont fainéants aujourdâhui. Ils font semblants de faire, ils parlent, mais ils ne font pas grand-chose. Je voudrais que tout cela ça se réveille ».
Dans les milieux politiques tchèques, le processus de ratification est favorisé par les sociaux-démocrates, principal parti dans lâopposition. Le ministre des Affaires étrangères, Karel Schwarzenberg, quant à lui, tient également à assurer que le gouvernement tchèque au sein duquel il représente les Verts, a la volonté de ratifier le Traité de Lisbonne. Beaucoup de commentateurs estiment en outre que lâavenir politique du Premier ministre Mirek Topolánek dépend du succès de la ratification du Traité et que, de ce fait, il est appelé à prendre des positions sinon favorables, alors tout au moins pragmatiques à lâégard de cette question.
« Avec ses positions envers le Traité de Lisbonne, la République tchèque se retrouve de son propre gré dans une situation où lâefficacité de sa présidence de lâUnion européenne se voit gravement menacée. Certains politiciens français donnent à entendre quâun pays qui a des problèmes avec la ratification du Traité de Lisbonne aurait du mal à diriger lâUE », écrit dans les pages du quotidien Právo le politologue JiÅà Pehe. Et de souligner que la République tchèque risque de fâcher les pays espérant entrer dans lâUnion européenne car, comme on le sait, un futur élargissement ne sera pas possible sans la mise en valeur des réformes institutionnelles.
Compte tenu de ce que certains nouveaux pays membres de lâUnion européenne sont considérés comme « problématiques », lâélargissement aux pays de lâEst ne risque-il pas de provoquer une sorte de frustration, aussi, dans les anciens pays ? On écoute encore une fois Jean-Louis Bourlanges.
« Je crois que câest très provisoire. Les élargissements successifs ont toujours été accueillis avec une certaine méfiance notamment par les Français qui ont craint lâélargissement à lâAngleterre, lâélargissement à lâEspagne, et en réalité, cela câest toujours bien passé. Ce qui me frappe câest que ça se passe encore bien avec les pays dâEurope centrale et orientale. Nous voyons que ces pays, le vôtre en particulier, se développent considérablement, il y a donc de la croissance du niveau de vie qui sâaméliore et en même temps des flux économiques et commerciaux à partir des anciens pays membres de lâUE qui leur sont favorables. Donc câest un jeu où tout le monde gagne. Je pense que passée une certaine période de flottement, tout le monde va reconnaître que lâélargissement à lâEurope centrale et orientale est sans doute lâun des plus grands succès de lâUnion européenne des vingt dernières années. Nous allons en revanche avoir des problèmes plus complexes à régler avec les Balkans, avec les pays successeurs de la Yougoslavie. Là nous sommes dans quelque chose de plus difficile. On verra ».
(radio-Prague)
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